John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues

On a adoré l'ouverture magistrale de l'album avec "Kylie", la folk hantée de "The Hollingsworth Session" et le roadtrip western de "El Rodeo".

Ex-chanteur et co-leader avec Josh Homme d’un des groupes les plus emblématiques de la scène Stoners en la personne de Kyuss , John Garcia (47 ans) livre un deuxième disque solo envoûtant, affublé d’un drôle de nom : « The Coyote Who Spoke In Tongues » et d’une pochette magnifique digne du pschédélisme 60’s.

parmi les neuf titres de cet opus, on retrouve quatre titres de Kyuss revisités en acoustique : Gardenia, Space Cadet, Green Machine et El Rodeo. John Garcia est accompagné des instrumentistes Ehren Groban à la guitare acoustique, Greg Saenz aux percussions et Mike Pygmie à la basse.

A la manière de Nirvana qui dévoilait toute l’étendue de son talent en dénudant son répertoire electrique lors du fameux MTV Unplugged, John Garcia montre que la scène Stoners ne se résume pas à la seule démonstration d’un son ayant le goût du plomb et de l’orage. Tout cela est bien plus subtil. Ici les chansons toutes acoustiques jonglent entre nuances blues, folk, country avec une tradition rock sudiste et western en fil rouge.

Kylie est une entame d’album impeccable. Un navire à l’abordage. La rythmique mouline des accords impérieux et martiaux. John Garcia chante comme Jack White (ou plutôt l’inverse !) Une fulgurance digne du meilleur folk acoustique de Led Zeppelin. Puis la rythmique hussarde cède la place à la contemplation. L’épopée western adopte une teinte médiévale que l’on retrouve aussi sur le mystérieux et épique Argleben II avec ses guitares qui carillonnent comme des luth. Les arrangements pastoraux sont dignes des Fleet Foxes.

Solennité sur Green Machine. Les guitares slide se baladent dans le désert. John Garcia chevauche en claudiquant des terres désolées et arides. Ambiance Desperado.

On croirait entendre le riff de basse de « Come Together » des Beatles sur celui de Space Cadet. Ici le blues folk de John Garcia et sa troupe s’accommode d’un groove rebondissant et rafraîchissant où les refrains ne sont pas sans rappeler l’air de « No One Knows » de Queen Of The Stone Age.

Les guitares boxent sur Give Me 250 ML. Ça sent la bagarre dans un bouge bien crasseux au fin fond du Nouveau Mexique. Des murs aspergés de tequila, des tessons de bouteille jonchant le sol, une odeur de friture… Les cul sec enfoncent le zinc comme des enclumes, les mecs mal rasés veulent en découdre pour en découdre avec l’ennui, le moindre regard sent la poudre, l’air est électrique et vicié.

Un piano ténébreux accompagne The Hollingsworth Session. On pense à Jack White et sa folk/country baroque (période solo avec « Blunderbluss »). La chanson est lancée comme une locomotive hantée que rien n’arrête. Sillon  nocturne. Roadtrip pour repris de justice. Sous le regard de la lune espiègle les ombres dansent autour d’un feu de joie maléfique. Le final est grandiose : une danse du diable où les guitares se font gitanes. Les caravanes sont drapées de noir. Lucifer est de sortie ce soir.

John Garcia attaque Gardenia sur un registre mélancolique. Un arpège automnal bourgeonne sur un chant qui porte les stigmates d’une vie en bout de course. A 02’27, les guitares printanières tressaillent sur un air de Mississippi.

L’archet du violoncelle grince et scie l’obscurité. Préambule anxiogène. Une guitare bat une mesure métronomique et raide sur une corde. Sur cette corde danse une autre guitare bohémienne esquissant des entrechats. L’heure est au flamenco. Une basse s’enroule en spirale autour de la gitane. Le violoncelle s’immisce dans cette étreinte. Les percussions puis le chant nerveux de John Garcia. Ce grand art a un nom : El Rodeo.

Court Order. Dernière étape du voyage. Le cowboy solitaire s’efface dans la lumière pourpre de l’astre qui s’éteint dans la ligne d’horizon. Une très belle procession instrumentale jouée à deux guitares. Un final élégant pour fermer ses paupières et embrasser les songes du désert.

Un disque dépouillé, subtil, élégant, racé. Un disque rare où l’acoustique est au centre de tout.

Je remets « Play ». Le désert m’appelle…

 

 

 

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