Liam Gallagher – As You Were

Les meilleurs calibres du disque : Bold, Greedy Soul, For What Is Worth, Paper Crown, Chinatown et Universal Gleam

Liam Gallagher: l’icône rock par définition. Ayant marqué le genre au fer rouge depuis 1994. A l’heure où nous écrivons, il s’agit d’une des dernières et rares rock stars au sens noble et viscéral du terme. Une gueule. Un euphémisme. Un patronyme qui fleure bon le rock. Une voix singulière. Taillée au couteau. Un humour décapant. Une personnalité honnête. Qui a le rock and roll dans le sang et qui le vit instinctivement. Après le split d’Oasis en 2009, Liam avait accouché de deux disques honnêtes et de bonne facture avec « Beady Eye », ersatz d’Oasis sans son frère aîné. Oui mais voilà… A défaut de reformation d’Oasis, cette annonce solo de Liam Gallagher avait de quoi faire saliver ou ricaner. Avec à l’arrivée : le crash ou le salut. La pièce est tombée du bon côté.

Alors que son frère aîné poursuit une carrière solo distinguée et couronnée de succès, Liam erre quatre ans durant à la recherche d’un second souffle. Une période noire selon le principal intéressé. Puis une première annonce. Un contrat avec Warner pour un album solo. Puis un premier single lequel ouvre l’album : Wall of Glass. Qui augure du bon. Un harmonica qui déraille. Un tempo martial. Un emballage soul sur les chœurs. Un pont à la mélodie très entêtante. Et ce timbre inimitable, Ô combien familier, qui jaillit des enceintes et signe le retour de l’enfant terrible du rock anglais. Le « gamin » a 45 ans aujourd’hui (croqué sur la pochette de « As You Were » par Heidi Slimane) mais la tronche n’a pas perdu de son mordant. Et la voix est miraculeusement au rendez-vous.

Disons-le franchement, ce disque est une vraie réussite. Qui surprend à moitié. Tout le monde s’évertuait à dire qu’il n’était pas de taille à rivaliser avec le talent de son frère. C’était oublier que Liam avait brodé de très jolies chansons comme « Out of Time », « Boy with the Blues » ou « Songbird » chez Oasis. Aussi sur cet album est-il accompagné de quelques pointures studio qui ont travaillé pour des gros couteaux. Notamment Greg Kurstin (The Shins, Beck, Foo Fighters, Adele) et Dan Grech (Kooks, Vaccines, Killers entre autres).

« As You Were » brosse une palette rock assez large. Les cinq premiers titres forment une entrée en matière grandiose. Après Wall of Glass on enchaîne sur un Bold magnifique. Un décollage vers un ciel irisé où le chant de Liam surfe sur une superbe et très pure envolée pop. Le pont gospel est un bijou. Suit un glam rock teigneux avec Greedy Soul où Liam envoie salve sur salve au chant, porté par une lame de fond binaire et des chœurs aériens. Le rythme est serré. L’ex-Oasis est lancé pleine balle sur cette autoroute du diable qui draine dans son sillage le glam rock de T-Rex, la morgue des Sex Pistols et des émanations blues & soul sur les refrains.

Liam fait une très grosse impression sur la fantastique ballade Paper Crown aux accents 70’s alléchants. Le chant est remarquable. Empreint de subtilités et de nuances. Le dernier ballet d’un oiseau blessé. Elliot Smith en embuscade… La fascination pour John Lennon est ici évidente et trouve à nouveau d’autres échos sur la ballade rédemptrice et fédératrice For What It’s Worth. Une introspection humble enlacée par un timbre cristallin. Pur. Des mots aiguisés en guise de pardon. Pour ses ex-femmes ? Son frère ? Sa mère ? Nul ne sait et ne saura vraiment…

Avec When I’m In Need Liam Gallagher se fend d’une ballade low-tempo (on pense à The La’s) qui laboure un folk pastoral roboratif. On regrettera le manque de réel refrain et la durée excessive du titre. Le final grandiloquent sauve la mise et emporte l’affaire : rythme cassé, chœurs célestes, lumière onirique, rythme tribal, cuivres solennels… On se croirait juché sur le bord des chutes Victoria, l’immensité à nos pieds…

Lorsque Elvis Presley bombe le torse à travers le prisme de Liam Gallagher, cela donne le guilleret et élastique You Better Run. Une course poursuite qui convoque instrumentations twist, rockab’ & soul. Façon The La’s. Du bon rock 50’s avec 60 années de production moderne en guise de vernis. On épiloguera pas en revanche sur I Get By. Toujours frappé du sceau Elvis Presley. Avec les boursouflures en sus.

L’atmosphère intimiste est donc plus que bienvenue avec la magnifique Chinatown. Une épure acid folk superbement produite. Une chanson aquarelle. Des guitares arabesques. Des arrangements ésotériques aux claviers. Un soleil qui se dilue dans un nuancier traversé de teintes violacées, rosacées, orangées… Un refrain touchant. Gracile et fragile. La « tête à claques » mise à nu. Très bel exercice qui évoque un certain « Out of Time » de Blur la qualité des textes en moins.

Come Back To Me attaque bille en tête sur des couplets frondeurs et hargneux avant d’emprunter des refrains plus apaisés. Un rare solo de guitare lézarde le cuirassé avec un son sale et incisif. Un solo qui semble tournoyer comme une toupie lancée comme une grenade à fragmentations. Un piano monté comme un ressort dégaine quelques accords bluesy en guise de séparation.

L’album aurait du se clore sur ce très bel Universal Gleam. Une grosse caisse qui bat le rappel. Des guitares qui glissent comme le roulis d’un convoi ferré. Et ce chant tutélaire qui fissure les cieux. Liam est en communion avec l’infini. Les Primal Scream de « Screamadelica » qui côtoient Spiritualized. Une ballade folk soul qui regorge de soleil californien. Un final ultra fédérateur érigé en songe d’une nuit d’été hippie.

C’est donc I’ve All I Need qui referme la marche. La recette fonctionne. Efficace. Une tournerie binaire où les guirlandes de guitare au son cristallin enveloppent un chant baigné de lumière. L’obsession de The La’s toujours en ligne de mire. Le refrain est un peu racoleur sur les bords mais on se laisse piéger. Car le chant est magistral. Et les enluminures cuivrées qui le parent donnent cette impression d’insubmersibilité.

Avec « As You Were » Liam Gallagher suprend. En bien. Sa voix est toujours aussi puissante. Et fait nouveau qu’il avait commencé à mettre en avant avec sa formation précédente (« Beady Eye »), il fait de son seul outil de travail un réel nuancier à l’image du superbe falsetto sur Paper Crown. Ensuite les chansons sont là. Enfin, ce disque est extrêmement bien produit dans l’ensemble. Liam Gallagher est un inconditionnel des 60’s et 70’s. Mais ses producteurs ont eu l’intelligence de faire en sorte que cela ne transpire pas dans les chansons de « As You Were ». Tout en révélant une sensibilité chez le bonhomme que peu aurait deviné. Une belle réussite.

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