The Velvet Underground & Nico – The Velvet Underground & Nico

Ecoutez toute cette bonne musique d'une traite. Au bon moment. En pensant à l'histoire du Rock'n'Roll. Ou en ballade à NYC.

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Opération chef d’œuvre. RocknRank ose. Parler aussi des vrais sujets. De ceux qui imposent le respect et relecture. De ceux qui marquent une vie, une époque, une discipline. L’exercice semble aisé mais l’art est difficile tant il tient à peu. Un souffle, une articulation, une énergie feinte. Une cover de Warhol. Ici tout est vrai. Tout est naturel. La beauté sonore pure. Quand la torpeur, les doutes, les dérives scellent une œuvre majeure du Rock’n’Roll. Je vous livre ici une version personnelle. Pas encyclopédique. Casque sur les oreilles.

Brume éparse d’un dimanche matin. Une voix caresse les boucles blondes dont les ombres ondulent à la lueur de l’aube. « Sunday Morning ». Réveil matin. Boîte à  musique céleste. Un instant de paix. 2’55 de silence vibrant. Les cordes accrochent. Comme des draps mal repassés. 

« I’m Waiting for the Man ». Train de banlieue lancé à grande vitesse pour rejoindre NYC. Quelques signaux codés. Le langage d’un jeune homme en attendant un autre. L’attente percussive, les relents de la dépendance. L’emballement cardiaque, qui annonce la suite de l’album. Le bruit nocif. Une ritournelle sale. Une attente pas si sage.

« Femme Fatale ». Rose bonbon. Ou plutôt poudré. Quelques nuances en demi-teinte qui parsèment un idéal. L’usage du français. Les non-dits respectueux. Nico semble se décrire elle-même. La troisième personne en guise de masque. Le flou d’une tapisserie qui trouble la mélodie.

« Venus in Furs ». Un titre génial. Malsain. Le bourdon accroche et se débat dans des filets électriques. L’archer cisaille, le tambour martèle, la voix clame et hèle le diable en robe de chambre. Qui finit par émerger dans la torpeur nasillarde de notes approximatives. Battements d’ailes d’une chauve-souris de caverne pas très reluisante (4’40).

« Run Run Run ». Essayez ce titre pour vos sorties running. Vous serez vite essoufflés et à bout de force. L’impression d’un retour permanent en arrière. Rembobiner la vie à son début. La course sans son élan premier. Vos acouphènes ressurgissent à 1’23. 

« All Tomorrow’s Parties ». La fin d’une ère. Le rideau annonce la clôture. Les excès d’antan sont gommés. Les cordes embrouillent des souvenirs vagues. Tout est pardonné. 

« Heroin ». Le décor est posé. Injection sordide. Les troubles cardiaques, les hallucinations. L’arythmie d’une vie de dépendance. Homme paumé dans l’ivresse malsaine. Des instants de sursauts. Pour retomber plus bas, les pieds dans le tapis. Point de non retour des 5′. Les cordes cisaillent. La guitare se débat. Aux abois. 

« There she goes again ». Renaissance. Panser les plaies livides d’un titre préalable. Quelques sonorités Dylan dans la voix. L’approximation du mix qui fait ce charme vintage. La redondance. La légèreté fait du bien.

« I’ll be your mirror ». Poésie articulée et mise en musique. Quelques notes presque fausses. Un léger voile de vibrato mal maîtrisé. La chance du débutant.

« The Black Angel’s Death Song ». L’araignée tisse sa toile. Torpeur. Excitation sordide. Solitude d’une voix perdue. Étincelle en onomatopée. Monologue psychiatrique. 

« European Son ». La guitare rythmique accompagne gaiement. Groove gai-luron. Bris de verre. La diligence folle s’élance. Impro de bourdons. La basse embrase. La guitare buzze. Assourdissant l’oreille interne de tremolo picking mal maîtrisé. Soit vous trouvez le temps long, soit il est magique. J’opte pour la deuxième sensation, à l’affût du moindre son. Signe d’une vie encore active. Les musiciens se penchent sur leur instrument. Mur de silence créatif. L’enregistreur tourne. Il est tard. Le whisky végète. Les amplis fatiguent. Il est temps.

Jusqu’au dernier souffle. Une page s’ouvre. L’immensité de la création trouve ses lettres tourmentées de noblesse. Le sale devient beau. Le baveux devient doux. L’approximation devient sensible. Les tourments deviennent acceptables. Lourdeur d’une œuvre majeure qui a su allier à la candeur féminine la crasse des ghettos créatifs d’antan. 

Selon Brian Eno, parmi les 10 000 premiers acquéreurs de ce chef d’oeuvre, chacun a  monté un groupe. Mais c’est bien au-delà. Cet album a véritablement ouvert la voie au rock alternatif, à la dream pop, au punk, au garage. Et créé bien des vocations.

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