Neil Young – Harvest

"Old Man", "Heart of Gold" et "Alabama" sont les 3 classiques instantanés de ce chef d'oeuvre qu'il faut écouter religieusement.

Toc toc… La basse frappe deux coups. Une porte s’ouvre sur un monde enchanteur. Celui du grand Neil Young alias « The Loner ». Un harmonica respire. Et une voix d’une pureté cristalline flotte en apesanteur. Là une guitare pedal steel essuie des larmes. Out Of The Weekend ouvre ce chef d’oeuvre de 1972. Le fameux « Harvest ». Le disque phare de l’oeuvre de ce grand bonhomme au visage ingrat mais à l’âme généreuse. Trente sept minutes extatiques. Un summum embrassant trois genres : folk, blues et country. Et un groupe d’accompagnement remarquable formé pour l’occasion : les Stray Gators.

« Harvest » séduit toujours autant plus de quarante après. Parce que son écriture demeure contemporaine. Intemporelle. La production est léchée sans jamais verser dans l’excès. Tout est parfaitement calibré, ordonné et soigné. Les chansons de Neil Young s’imposent comme une évidence. Un pansement pour l’esprit et le corps. La chanson éponyme, Harvest, est un rayon de soleil à la lumière porcelaine. Un récital venu des cieux porté par un piano chaloupé. Comme sur l’intégralité du disque, Neil Young chante divinement bien.

A Man Needs A Maid révèle un homme tourmenté. Seul au piano. Une mise à nu gracile. Avant de tempêter sous des cieux lézardés. Les instruments à cordent grondent. Une douce accalmie survient mais ne résiste pas à cette chape de plomb qui s’abat sur un cœur empêtré dans une mélancolie tentaculaire.

Neil Young est touché par la grâce. Heart Of Gold, chanson culte du « Loner », impose sa signature. Celle d’un registre Folk Americana qui inspirera tant et tant d’artistes. Une folk pastorale et terriblement attachée à ses racines d’une Amérique profonde. Comme le Creedence Clearwater Revival ou le Allman Brothers Band. Une musique viscéralement sincère. Comme Bob Dylan avant lui, Neil Young fait la part belle à l’harmonica pour agrémenter ses chansons d’une « seconde voix ». Le jeu de guitares est admirable. Et le final quasi-gospel de ce monument est une bénédiction. Bob Dylan dira au sujet de cette chanson « À chaque fois que j’entendais « Heart Of Gold », je me sentais contrarié. Je me disais : merde, c’est moi. Puisqu’il sonne comme moi, c’est moi qui aurait dû chanter ça. »

Sur Are You Ready For The Country? Neil Young & ses musiciens nous embarquent sur leurs montures. Chevauchée d’une Amérique profonde. Textes énigmatiques qui parlent de bourreau, de prêcheur, de mort… De quel « country » nous parle Neil Young ? De l’au-delà ? Les guitares omniprésentes semblent tituber. Leur sonorité est trouble. Anxiogène. Désarticulée. Chancelante… En route pour la potence ? Scène de western. Les visages burinés de Charles Branson et James Coburn s’agitent au-dessus de la mêlée… Car « Harvest » est un western à lui seul.

Les paupières se referment. Old Man fait irruption sur la platine. Magnifique. Un banjo qui tricote. Une guitare pedal steel en guise d’enluminures. Un refrain qui toise l’immensité. Cette immensité cinématographique qui caractérise There’s A World. Les orchestrations du « London Symphonic Orchestra » (comme sur A Man Needs A Maid) se prêtent à une certaine dramaturgie. Les arrangements alternent mouvements pastoraux et martiaux.

Alabama voit surgir les guitares électriques pour la première fois. Une prise de son brute et live qui apportent une teinte rouillée bienvenue à cette immense chanson. Les textes acerbes dressent un portrait au vitriol de cet état sudiste de l’Amérique. Neil Young y dénonce le racisme latent à l’égard des Noirs. Les guitares soufflent sur ses mots ardents. Lynyrd Skynyrd, groupe emblématique du rock sudistes, répondra sèchement à Neil Young en composant la notoire « Sweet Home Alabama ». Le canadien reconnaître quelques années plus tard que ses paroles avaient été excessives et condescendantes… Engagé, Neil Young ne l’est pas moins lorsqu’il s’agit de cingler les ravages provoqués par l’héroïne sur la belle et triste ballade The Needle & The Damage One. Lui qui a vu mourir certains de ses proches, abîmés par le « brown sugar » sait de quoi il parle.

Words (Between The Lines Of Age) s’étire sur près de sept minutes où les guitares électriques ferraillent. L’énergie et la production sonnent « live ». Neil Young et son équipage achèvent l’affaire sur fond de jam session. Ses ex-compagnons du CSNY (Crosby, Stills, Nash & Young) sont de la partie, venus épauler leur ex-frère d’armes. Neil Young avait décidé de quitter la formation pour se concentrer sur ses projets solos.

Avec « Harvest », Neil Young rentre dans la cour des grands. A 27 ans alors que l’écriture et la maturité artistique du Monsieur paraît en avoir le double. Un disque somptueux qui atteinte la tête des charts des deux côtés de l’Atlantique et qui place Neil Young dans la lumière médiatique. Chose avec laquelle il n’est pas à l’aise et qui le déstabilisera pour les années à venir… Ne le privant pas d’une carrière à la longévité et créativité remarquable puisque le Canadien drainera dans son sillage d’autres albums remarquables.

 

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