T-Rex – Electric Warrior

Tout est excellent sur cet album mais histoire de faire les fines gueules, on écoutera "Get It On" pour si'nitier à T-Rex avant d'enchaîner sur "Cosmic Dancer" et "Girl" pour découvrir la versatilité du groupe. On se délectera ensuite sur le blues luxuriant de "Lean Woman Blues" et le gospel érotico rock de "Monolith".

Si vous avez déjà entendu le terme « Glam Rock » alors vous avez devant vous la chronique de l’album le plus emblématique de cette étiquette du Rock. « Electric Warrior » et sa pochette flashy (signée Hypgnosis connus pour leur taff avec Pink Floyd) est l’œuvre du génial Marc Bolan alias T-Rex.

« Glam » pour glamour. Paillettes, luxure, cabaret, travestissement, androgynes, maquillage, chaussures compensées, combinaisons moulantes… L’excentricité à son paroxysme pendant la première moitié de la décennie 70’s. Ses héros sont légion : David Bowie, Mott the Hoople, Slade, Roxy Music, Lou Reed, Alice Cooper… « So shocking ». Le Punk enfoncera le clou en y drainant sa violence et sa bile. Alors que le « Glam Rock » est un pur produit de la société du Spectacle.

« Electric Warrior » s’ouvre sur un rock & Roll sexuel avec Mambo Sun. Cette signature typique du son T-Rex ! Quelle est cette signature ? Un boogie shuffle joué avec un son crunch reptilien doublé d’une basse au groove rondelet. Les lampes de l’ampli sont abrasives. Les cuivres illuminent. Les percussions rythment. La batterie se fait élastique. Et ces chœurs ! Extirpés tout droit d’une BO de western spaghetti ou d’une église pentecôtiste du Mississipi selon l’humeur de la chanson.

Après l’introduction lascive portée par Mambo Sun, nous essuyons des larmes sur la poignante Cosmic Dancer. Un chef d’œuvre de ballade emmené par un Marc Bolan envoûtant et touchant.  Les violons grincent… Et en épilogue, c’est un déluge de toms qui clôt la marche.

Jeepster suit. Boogie crunch. L’intelligence de Marc Bolan se trouve ici dans la sublimation d’un genre daté : le boogie woogie. Avec une production exceptionnelle (nous sommes en 1971) qui sonne toujours aussi moderne en 2017, Marc Bolan tire le blues dans une nouvelle modernité. Jetez une oreille sur la musique des Black Keys aujourd’hui, tout était déjà dit dans celle de T-Rex.

Monolith pose sa griffe érotico gospel. Marc Bolan balance son slow langoureux et félin. Une merveille. Cet « Electric Warrior » est l’un de ces disques parfaits pour froisser les draps… [ à l’image de « Moon Safari » de Air ou « Let’s Get It On » de Marvin Gaye]. Chaque mouvement musical semble avoir été conçu à cette fin. Et Lean Woman Blues ne déroge pas à la règle. Génial exercice de blues rock qui a du inspirer Axel Rose & Slash une quinzaine d’année plus tard… Marc Bolan fait son Jagger. Timbre lubrique. Le fauve est intenable. Et Marc Bolan fait son Jimmy Page en martyrisant son manche de guitare à coups de solis azimutés.

On ne présente plus Get It On. Son riff boogie joué en shuffle est un classique du genre. Un riff devenu légendaire qu’Oasis repiquera une vingtaine d’année plus tard sur son classique « Cigarettes & Alcohol ». Un riff reptilien typique du jeu et du son de T-Rex. Tout en lâché prise. « Cool » est le maître mot. Bolan feule, ses choristes instillent la soul music et les cuivres se chargent de conclure l’affaire.

Planet Queen s’écoute au volant d’une mustang décapotable. Dehors tout est fournaise. L’asphalte fond. Ambiance cool. Les chœurs transpirent leur soul aérienne. T-Rex fusionne ici glam rock, folk et clins d’oeil Motown. Ce disque est fascinant. On l’écoute d’une seule traite, avec une étonnante décontraction. Tout semble si facile et spontané… Sur Girl, Marc Bolan rend un hommage vibrant aux marginaux de sa génération, à celles et ceux qui ne rentrent pas dans le moule. Le superbe accompagnement au Bugle (cousin du cor de chasse) appuie cet hommage avec force solennité.

The Motivator perpétue l’excellente recette de Get It On et Jeepster. Le son des guitares est toujours aussi impeccable. La patte de Tony Visonti à la production n’y étant évidemment pas pour rien. The Beatles avaient son George Martin. David Bowie avait son Tony Visconti qu’il mettra au service de Marc Bolan, très proche de Bowie.

Dernière ballade cicatrisée sur Life’s A Gas. Une histoire de fille que l’on aurait voulu sublimer, à qui l’on aurait donné tout ce qu’on possède. Une de ces aventures qui n’ont jamais réellement connu de commencement. Un rêve éveillé. Un mirage.

Un dernier coup de griffe sur Rip Off. Chaque instrument est affûté comme un gant de boxe. Que ce soient les cuivres ou les percussions, ils sont au service d’un Marc Bolan qui mouline sur le ring et assène ses phrases avec une gouaille canine. « Sticky Fingers » des Rolling Stones venait de sortir quelques mois plus tôt et c’est à se demander si Bolan n’a pas voulu les singer. Avec talent. On se quitte sur un final tout de cuivres et de cordes. Le reptile vient de tirer sa révérence.

Un disque culte. Généreux. A la production parfaite. N’ayant pas pris une ride. Et l’œuvre d’un talent immense. Marc Bolan. Lequel connaîtra un destin funeste des suites d’un crash de bagnole en 1977… Sa musique inspirera de nombreux groupes issus de la scène punk, hard rock ou britpop. Des Smiths à Oasis en passant par Siouxsie & The Banshees et les Guns N’Roses.

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