Air – The Virgin Suicides

Difficile d'extraire quelques titres de ce disque à la noirceur étincelante. Tout est lié.

Siècle nouveau. Le mouvement « Frenchtouch » est à son apogée. Et le duo Air signe la BO du nouveau film de Sofia Coppola. Un chef d’œuvre de musique pop électronique made in France. Treize morceaux baignant dans des effluves à la mélancolie noire où l’œuvre de Serge Gainsbourg tisse sa toile. Des arrangements jusqu’au son de basse qui doit tout à « Melody Nelson » et « L’Homme A La Tête De Chou ». Une pop française raffinée, subtile, délicate couchée sur un linceul…

Un linceul qui fait la part belle au Krautrock (la lugubre et divinatoire Clouds Up), à l’héritage Pink Floyd avec Highschool Lover et son piano lancinant, clin d’œil à « The Great Gig In The Sky ». Avec ce Ghost Song menaçant qui inocule insidieusement son poison, son encre noire et fatale, serrant ses proies jusqu’à l’étouffement…

« The Virgin Suicides » est une plongée dans l’abîme. Une descente qui ne laisse pas indemne. Une odyssée obscure et aérienne (Dirty Trip). Une romance impossible chantée par Thomas Mars de Phoenix (Playground Love). Une procession funeste et élégiaque, Cemetary Party, qui chemine sous des cieux baignés d’une lumière argentée. « The Virgin Suicides » est une succession de vignettes où dramaturgie, bourdon et sanglots nimbent chaque harmonie, chaque accord, chaque note… Un disque que l’on écoute scrupuleusement sous une chape de plomb, traversée d’élucubrations hitchcockiennes présageant du pire (Dark Messages, Empty House)…

Rarement le pouls accélère à l’image de ce Dead Bodies explosif où le batteur signe une merveille, martyrisant sans concession chaque fût et cymbale. Une déflagration dans ce paysage vaincu dévasté par la mort. Un dernier souffle ? Un dernier cri du cœur ? Suicide Underground apporte sa réponse et son lot de questions. Morbide. Glaciale. Inexorable.

Avec cet objet musical culte, Air signe un voyage astral dans les ténèbres, la douleur, la consternation… Un album à part entière au-delà de son orchestration musicale pour ce film qui est par ailleurs magnifique.

Un extrait live de 2010 avec en featuring deux ex-Supergrass.