King Gizzard & the Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana

Dans ce voyage étrange, il faut procéder dans l'ordre. Tenter. Y revenir. Sans a priori.

9e album studio de l’équipage barré australien des King Gizzard, « Flying Microtonal Banana » continue son lot d’expérimentations. Les intervalles se réduisent à moins d’un demi-ton (d’où le microtonal) sur des guitares et basses custom modifiées par leur soin ou autre harmonica délirant. L’usage de la zurna (hautbois d’Afrique du Nord et du Proche-Orient) ajoute une dose d’exotisme au psychédélisme ténébreux.

Puisqu’il faut choisir, procédons dans l’ordre.

« Rattlesnake ». Palm Mute. Charley qui décoince. Course poursuite dans un nid de scorpions. Si vous n’aimez pas le comique de répétition, passez votre route. 3’35 dévoile un paysage fumeux éventé. La voix se mélange aux harmonies synthétiques. Jeu de clavier maléfique. Puis, l’Ecosse. Cornemuse résonante. Tonnerre de Brest. 

« Melting ». Sympathy for The Devil. Danse endiablée. Bossa Nova jazzy. Les sonorités voyagent. Les voix deviennent feutrées. Le relief est apporté par le microtonal qui équipe hautbois et autre zurna. Melting porte bien son nom. Hymne au mélange. 

« Open Water ». L’océan. Le vent. Tornade de fûts. Le feu du riff de guitare. Riffs orientaux, paroles saupoudrées. Tintamarre de fausses cornemuses stridentes. Les 5′ annoncent un passage de wha bruitiste. Entêtant. 

« Sleep Drifter ». Descente inquiétante. Passage sur les cordes graves bluesy. Contraste avec des voix bienveillantes. 2’45 coupe le courant un instant. Un bel exemple de crescendo progressif. La wha se la joue funk rythmique. 

« Billabong Valley ». Les lutins maléfiques montent à la surface à l’appel de la Reine des Elfes. Je me sens nargué. Puis ce clavier épileptique, cette batterie au loin tamisée, la guitare pédagogique. Ce joyeux monde nous propose une ballade jouissive, ode à une vallée imaginaire brumeuse et hantée.

« Anoxia ». Plus rock, les guitares gagnent en crunch. Mélodie et riff ne font qu’un. Comme pour ajouter du groove, la wha enveloppe. Les fûts militent pour une saccade plaisante. Puis l’appel du Sahara, le cobra fait des serpentins. Un titre dense et dansant.

« Doom City ». Des racines stoner campent le décor, puis du Strokes sous acide. Entre son baveux, lourd et sautillant. Une harmonie de friches qui s’entrechoquent et se succèdent sans crier gare. L’âme passe par des états contradictoires. Vague à l’âme. Sans états d’âmes.

« Nuclear Fusion ». Toc toc toc. La bête féroce s’éveille. Pour découvrir un monde de lutins travailleurs, bâtissant un empire. Brique après brique. Une certaine obsession. Un riff orientalise l’espace ambiant, l’allégeant au passage d’un orgue vicieux. 

« Flying Microtonal Banana ». Les fées dansent autour d’une fontaine de jouvence. Fête mystique qui sonne le glas d’un album transcendantal. Le microtonal exerce sa fausseté esthétique, répondant aux hordes d’instruments à vent mystiques. Pourquoi banana? Une excellent question. Un quelconque rapport au Velvet et sa cover en avance sur son temps? Un rappel que l’OVNI australien présent défriche peut-être le futur? Nous n’en saurons rien car rien n’est simple dans cet album.

Rien n’est gratuit. Ni prévu pour l’auditoire. Il s’agit d’une pièce expérimentale de musique. Un voyage à travers l’infiniment petit. Des tons. De l’étrange. Du barré. Pourtant mélodique et tentant. Et l’annonce d’un 10ème album (et du 2ème de 2017 sur les 5 annoncés) n’est pas pour nous déplaire. RDV le 23 juin.

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